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ActualitéMédicaments et G8

 


MSF s'inquiète des dernières propositions des Etats membres du G8.

Mis en ligne le 22 mai 2003
Le "Plan d'Action sur la Santé" est une nouvelle proposition devant être discutée lors du sommet du G8 à Evian, rédigée par la France et prenant en compte les amendements des autres Etats membres. Il montre toute l'impuissance du G8 à s'engager résolument dans la lutte contre les maladies infectieuses et parasitaires qui tuent chaque année près de 14 millions de personnes.
En effet, ce projet ne comporte aucune mesure concrète permettant d'endiguer l'évolution dramatique des principales endémies et des maladies qui touchent les malades des pays en développement (au premier rang desquelles le sida, la tuberculose, le paludisme, la maladie du sommeil et la leishmaniose). Il ne prévoit pas non plus de solutions efficaces permettant un véritable accès aux médicaments pour les malades des pays pauvres.

Ce "plan d'action" évacue toute référence à la déclaration de Doha qui, en novembre 2001, avait fixé un cadre censé favoriser l'accès aux médicaments génériques, notamment pour les pays qui ne disposent pas de capacité de production de médicaments. Contrairement aux premières propositions françaises rédigées en janvier 2003, il n'aborde plus les questions essentielles que représentent la production locale de médicaments et le transfert de technologie vers les pays du sud. Il ne contient pas non plus de mesures pour contraindre les laboratoires pharmaceutiques à mettre en place de véritables politiques de prix différenciés (c'est-à-dire des médicaments sous brevet vendus à prix réduits dans les pays en développement).

Ce projet ne retient pas davantage la proposition visant à mettre en place un groupe de travail sur la Recherche et le Développement pour les maladies négligées, censé faire des recommandations concrètes sur cette question lors du G8 de 2004 qui se tiendra aux Etats-Unis. Et aucune mention n'est faite de mécanismes visant à encourager la R&D dans ce domaine.

Enfin, les Etats membres ne s'engagent pas non plus pour une augmentation notable de financements internationaux et notamment sur le montant des contributions pour le Fonds Global de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Au contraire, ce "Plan d'action" fait porter la responsabilité du manque d'accès aux médicaments aux pays en développement et vise à renforcer la position des laboratoires pharmaceutiques, notamment en consolidant la question de la propriété intellectuelle. De plus, il présente les offres de prix réduits des médicaments de l'industrie pharmaceutique privée comme la seule solution pour résoudre la question de l'accès aux médicaments. Pourtant, le coût de ces médicaments à prix réduits reste au moins 3 fois plus élevé que celui des médicaments génériques.

"Ce plan représente un véritable recul par rapport aux engagements pris précédemment par les Etats membres. Aujourd'hui, ils ne proposent rien qui permettent d'atteindre les objectifs qu'ils s'étaient eux-mêmes fixés lors des précédents sommets", note le Dr Jean-Hervé Bradol, président de Médecins Sans Frontières. En effet, il y a trois ans, lors du sommet d'Okinawa, les Etats membres s'étaient engagés, à l'horizon 2010 réduire de 25% le nombre de jeunes infectés par le VIH/sida ; de 50% la prévalence et la mortalité liée à la tuberculose et de 50% également la mortalité liée au paludisme. Aujourd'hui, aucune amélioration n'est notable pour chacune de ces trois pathologies, la situation s'étant même nettement aggravée.

Ainsi, le nombre de moins de 15 ans infectés par le VIH/sida a presque triplé, passant de 1,3 million en 2000 à 3,2 millions en 2002. "En donnant une place centrale à l'industrie pharmaceutique dans ce projet, les Etats membres font le choix de privilégier une solution qui a clairement montré ses limites, au détriment d'autres expériences réussies", dénonce Jean-Hervé Bradol. Dans le domaine de la lutte contre le sida par exemple, les seuls pays ayant à la fois réussi à endiguer l'épidémie et à offrir un véritable accès aux médicaments à leur patients sont ceux qui, comme la Thaïlande et le Brésil, ont eu à la fois recours à l'importation de médicaments et à la production locale de génériques.

"Chaque année, nous témoignons de morts inutiles, résultats de l'échec des Etats membres à mettre en oeuvre les engagements pris. Nous souhaitons rappeler avec force aux dirigeants du G8 que ce sommet représente une opportunité réelle pour les pays les plus riches d'aller au-delà des effets d'annonce et d'oser transformer leurs intentions en actions concrètes" affirme le Dr Jean-Hervé Bradol. MSF réitère sa demande aux Etats membres de respecter les résolutions prises lors des précédents sommets et de prendre lors du sommet d'Evian de véritables mesures concrètes pour rendre accessibles aux malades qui en ont besoin des médicaments à un prix abordable.