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Au Darfour, tensions et insécurité

Mis en ligne le 12 septembre 2005
Gabriel Trujillo, responsable des programmes de MSF au Soudan, revient du Darfour. Dans l'ouest de la province où nous travaillons, les populations déplacées continuent de vivre dans une grande précarité, toujours soumises à des violences et des tensions permanentes.
» Quelle est la dynamique actuelle de nos activitÉs au Darfour ?
Dans l'Ouest-Darfour, une forte insécurité perdure voire augmente dans et à l'extérieur des camps. De plus, les déplacés restent soumis à une pression soutenue sur un éventuel retour. Dans le même temps, on ne peut que constater une absence de solution politique à ce conflit. Notre présence, dans ce contexte de tension et d'insécurité soutenues, reste donc toujours indispensable.

Au début de l'intervention de MSF au Darfour - fin 2003 et début 2004 - les besoins des populations civiles déplacées par la violence et les combats étaient immenses. Nous avons alors mis en place des activités médicales, nutritionnelles et sanitaires d'une grande ampleur, la plus importante opération d'urgence depuis 10 ans à MSF.

Depuis, la situation a évolué. Le nombre d'acteurs humanitaires sur le terrain s'est multiplié. Les indicateurs épidémiologiques montrent que les besoins médicaux et nutritionnels des populations déplacées sont aujourd'hui globalement couverts. La seule vision comptable de la situation ne nous suffit cependant pas pour décider de nos activités. Les indicateurs chiffrés (taux de mortalité, couverture des besoins nutritionnels, etc.) sont, certes, en dessous des seuils d'urgence. Mais les populations déplacées dans les camps vivent toujours dans une réelle précarité et des disparités subsistent entre les trois Etats du Nord-Darfour, du Sud-Darfour et de l'Ouest-Darfour.
» Quelle est l'assistance apportÉe aux populations par MSF ?
Dans l'Ouest-Darfour, nous poursuivons nos activités médicales à El Geneina, Mornay, Zalingei et Niertiti auprès de 300.000 personnes, dont la moitié sont des déplacés.
A l'hôpital d'El Geneina, nous avons, entre autres, réhabilité le bloc chirurgical et intervenons dans le service pédiatrique. Nous allons y cesser notre activité à la fin du mois de septembre, car cette structure du ministère de la santé peut désormais fonctionner sans notre présence, d'autres intervenants étant également présents au sein de l'hôpital.
En revanche, nous maintenons la structure de santé que nous avons créée à Mornay, cette petite ville qui compte toujours près de 70.000 déplacés. Notre activité médicale y est toujours très élevée avec près de 6.000 consultations mensuelles. Nous poursuivons également notre assistance médicale à Zalingei, où nous avons un centre de santé dans un camp de déplacés et où nous travaillons dans le service pédiatrique de l'hôpital, ainsi qu'à Niertiti, sur les contreforts du Jebel Mara, au coeur du Darfour, où nous gérons un centre de santé avec des lits d'hospitalisation.

Sur le plan nutritionnel, nous prenons en charge quelques enfants malnutris sévères à Mornay, Zalinge et Niertiti. A Mornay, nous avons assisté à une augmentation des admissions en juillet suite à l'arrêt de la distribution de nourriture par le Programme alimentaire mondial (PAM) pendant plusieurs semaines, et nous avons donc dû rouvrir notre centre nutritionnel thérapeutique. A Zalingei, la malnutrition est plutôt liée à des épisodes de diarrhées pendant la saison des pluies, tout comme à Niertiti. Là, nous recevons des enfants qui viennent du Jebel Mara, où le PAM n'effectue pas de distributions de nourriture, mais où les populations peuvent cultiver. Ainsi, à part quelques admissions très ponctuelles, nous ne constatons pas de problèmes nutritionnels pour les populations.
» Notre prÉsence va-t-elle Évoluer ?
Nous avons commencé à déployer des activités médicales mobiles dans le Jebel Mara. Une fois par semaine, nous installons un dispensaire mobile à Thur et un à Kuthrum, deux sites totalement enclavés. Le premier est contrôlé par le gouvernement soudanais, le second par le SLA - l'un des mouvements rebelles du Darfour - et chacun regroupe près de 25.000 personnes. Il est difficile d'estimer l'importance de la violence qu'elles subissent, mais leur isolement dans le Jebel Mara les a privées d'accès aux soins. Nous allons tenter d'augmenter la fréquence de nos visites.

Enfin, nous allons renforcer nos activités médicales pour mieux répondre aux violences commises à l'encontre des femmes à Mornay, Zalingei et Niertiti. En effet, la violence qui perdure dans les camps de déplacés cible surtout les femmes. A titre d'exemple, au service des urgences de l'hôpital que nous gérons à Mornay, les infections respiratoires sont la principale cause d'admission (13% des patients). Mais juste derrière, on trouve les violences, 11% de nos patients étant victimes directes de violences (blessures, brûlures) et 3% de violences sexuelles.
 
Photo de une: © Michael Zumstein/L'Oeil Public - Camp de Mornay, août 2004.